BLOGUE

Nous savons ce que veulent les personnes âgées au Canada. Maintenant, mesurons si nous répondons à leurs attentes.

Talia Bronstein, directrice des politiques, Institut national sur le vieillissement

Shahrzad Mobasher Fard, analyste principale des politiques, Institut national sur le vieillissement

Chaque 1er octobre, le Canada souligne la Journée nationale des aînés. C’est l’occasion de célébrer la contribution des personnes âgées, mais aussi de réfléchir à la manière dont nous pouvons créer des systèmes et des structures qui leur permettent de vivre dans la dignité et en toute confiance. Pour y parvenir efficacement, il faut comprendre ce dont les gens ont réellement besoin, puis vérifier si nous répondons à ces besoins.

L’Enquête annuelle sur le vieillissement au Canada de l’Institut national sur le vieillissement est un programme de recherche d’une durée de dix ans, conçu pour mieux comprendre les points de vue et les expériences des personnes âgées. Chaque année, un échantillon représentatif de personnes de 50 ans et plus au Canada répond à une série de questions visant à mesurer dix indicateurs du vieillissement en santé. L’enquête de 2025, qui en est maintenant à sa quatrième année, a rejoint 6 001 personnes dans des collectivités de toutes les provinces et de tous les territoires. Grâce à ce cycle annuel, nous pouvons suivre les tendances d’une année à l’autre, faisant ainsi des politiques sur le vieillissement un sujet que nous pouvons mesurer plutôt qu’une simple question d’opinion.

L’enquête nous indique également où se trouvent les défis urgents auxquels il faut s’attaquer. Lorsqu’on leur a demandé comment la société canadienne perçoit les personnes âgées, seulement 13 % ont répondu que les personnes âgées sont généralement respectées et valorisées. Près de la moitié ont indiqué qu’elles sont parfois ignorées ou négligées. Et 70 % ont fait état d’âgisme au quotidien, notamment des commentaires, des blagues et des suppositions subtiles sur le vieillissement qui, pris ensemble, peuvent avoir des répercussions importantes.

Mais les attitudes ne racontent pas toute l’histoire. L’enquête mesure également si les systèmes sur lesquels comptent les personnes âgées répondent réellement à leurs besoins.

Ce que les chiffres nous disent sur les priorités des personnes

Commençons par le lieu où les gens souhaitent vivre. En 2025, 81 % des personnes de 50 ans et plus au Canada ont déclaré vouloir rester dans leur maison, ou dans une maison plus petite, aussi longtemps que possible. Cela représente quatre personnes sur cinq, soit l’un des constats les plus clairs de l’enquête.

Mesurons maintenant si nos systèmes permettent de répondre à cette préférence. Dans la même population de 50 ans et plus, un peu moins de la moitié, soit 49 %, estimaient que leur domicile était entièrement adapté pour les accompagner dans leur vieillissement, tandis que 45 % ont indiqué que leur domicile répond actuellement à leurs besoins, mais pourrait ne pas convenir à leurs besoins futurs. Lorsqu’on leur a demandé ce qu’elles avaient fait pour se préparer, 62 % ont déclaré n’avoir apporté aucune modification à leur domicile ni établi de plan à cet effet. 

Les soins racontent une histoire semblable. En 2025, seulement 51 % des personnes qui avaient besoin de soins à domicile ont pu en obtenir en tout temps ou la plupart du temps, et seulement 47 % de celles qui avaient besoin de services de soutien communautaire ont pu en bénéficier en tout temps ou la plupart du temps. Les délais d’attente et les coûts figuraient parmi les principaux obstacles. Les travailleurs des soins à domicile fournissent ces soins chaque jour, mais l’offre n’est tout simplement pas suffisante pour répondre à la demande. 

Il existe un écart évident entre le désir de vieillir chez soi et les systèmes et structures en place pour soutenir ce choix : environ la moitié des domiciles ne sont pas entièrement adaptés, et seulement environ la moitié des personnes ayant besoin de soins à domicile ou de services de soutien communautaire peuvent y avoir accès de façon fiable. 

Les mesures montrent déjà des progrès

L’Enquête sur le vieillissement au Canada nous permet de suivre les progrès au fil du temps. L’accès aux soins à domicile est passé de 48 % à 51 % entre 2024 et 2025, tandis que l’accès aux services de soutien communautaire est passé de 44 % à 47 %. Il s’agit de gains modestes, mais ils profitent chaque jour aux personnes âgées au Canada. 

L’enquête montre également ce qui peut se produire lorsqu’un écart mesuré fait directement l’objet d’une intervention. La proportion de personnes âgées qui n’avaient pas les moyens de payer des soins dentaires est passée de 16 % en 2024 à 11 % en 2025, une baisse que l’IVN associe à la mise en œuvre du Régime canadien de soins dentaires. L’écart a été mesuré, une politique a été mise en place pour y répondre et les résultats ont évolué.

Donner la priorité aux voix des personnes âgées à l’occasion de la Journée nationale des aînés

Il est temps que tous les ordres de gouvernement accordent la priorité aux voix et aux expériences des personnes âgées dans l’élaboration des politiques publiques. En cette Journée nationale des aînés, appuyons-nous donc sur les données. Présentez-les à un conseiller municipal, à un député ou à une autorité sanitaire locale et demandez-lui quel est son plan pour améliorer les résultats. Demandez aux personnes âgées de votre entourage quels sont les écarts auxquels elles sont confrontées. Soutenez les fournisseurs de soins et services à domicile et communautaires qui travaillent à les réduire. 

Et surtout, continuons à mesurer ce qui compte et veillons à ce que nos systèmes répondent aux expériences et aux points de vue des personnes âgées au Canada. 

This post is also available in: Anglais